Après plus de trente années passées au sein des Témoins de Jéhovah, j’avais enfin pris la décision de quitter cette religion. Je voulais retrouver mon identité, apprendre à penser par moi-même et, surtout, vivre librement.
J’entrevoyais cette nouvelle vie avec espoir. J’avais trouvé un nouvel emploi qui me plaisait, et j’entrevoyais déménager plus près de mon lieu de travail. Je souhaitais également m’ouvrir aux autres, faire de nouvelles rencontres et découvrir tout ce dont je m’étais privée pendant tant d’années.
Mais quelques semaines seulement après mon retrait, un homme en qui j’avais confiance m’a agressée sexuellement.
Au-delà de l’agression elle-même, cette expérience m’a amenée à réfléchir aux conséquences profondes de certains enseignements religieux sur ma façon de penser et de réagir.
Pendant des décennies, on m’avait appris que l’amour ne prête pas de mauvais mobiles. Je devais faire confiance, pardonner, supporter et faire passer les intérêts des autres avant les miens. On m’avait également enseigné qu’une épouse devait se soumettre à son mari et lui rendre son « dû » conjugal, même lorsque ses propres désirs étaient absents et que le mari se montrait bestial.
Ces enseignements avaient façonné ma perception des relations humaines, mais également celle de mon propre corps et de mes limites.
Lorsque je me suis retrouvée dans une situation que je ne voulais pas, je n’ai d’abord pas réussi à dire non. À quoi cela servirait-il puisque je n’avais pas été entendue dans mon mariage. Pourtant, mon corps exprimait ce refus. Je réalise aujourd’hui combien il est difficile de se défaire de réflexes profondément ancrés, même lorsqu’on a trouvé le courage de quitter l’organisation qui nous les a inculqués.
Je comprends également aujourd’hui que ne pas dire non ne signifie pas consentir. Mon incapacité à exprimer verbalement mon refus ne rendait pas cette agression acceptable. Je suis fière d’être capable d’admettre que la responsabilité appartient à celui qui n’a pas respecté mon consentement.
J’avais quitté une organisation qui m’avait appris à obéir, mais il me restait encore à apprendre à reconnaître mes propres limites et à m’autoriser à les faire respecter.
Depuis cette agression, ma vie a pris une direction que je n’avais jamais envisagée. Les suivis médicaux qui se multiplient. Des démarches auprès des policiers ont été entreprises. Un procès est prévu en janvier prochain. Les manifestations du stress post-traumatique, les peurs et les angoisses font désormais partie de mon quotidien.
Mon nouvel emploi, qui représentait pour moi un si beau départ, s’en trouve compromis. Ma confiance envers les autres a été profondément ébranlée. Il m’arrive de craindre des situations qui, auparavant, me semblaient tout à fait ordinaires. Je suis en permanence en hypervigilance.
Je ressens une immense tristesse devant cette nouvelle vie que je commençais à peine à construire et qui semble déjà m’échapper.
Mais quelque chose a changé.
Autrefois, on m’avait appris à supporter, à pardonner et à laisser mon sort entre les mains de Jéhovah. Cette fois, j’ai choisi de dénoncer ce que j’ai subi et d’entreprendre les démarches nécessaires pour faire respecter mes droits.
Je ne prétends pas avoir retrouvé ma sérénité. Je vis encore avec les conséquences de cette agression et je sais que le chemin sera long.
Ma liberté nouvelle peut sembler avoir été compromise. Mais en réalité, ces événements me font réaliser à quel point j’y tiens et combien elle m’est précieuse.
Et cette fois, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour ne plus y renoncer.
Article écrit par un membre de Nouvelles racines qui préfère rester anonyme.



