D’une âme blessée qui reprend sa liberté

4 novembre, 2026

Le visionnement du documentaire Faites du bruit pour Jésus, les discussions qui s’en sont suivies et mes expériences passées m’ont plongée dans un grand moment d’introspection ainsi que dans mes blessures liées à la religion. J’ai le goût de vous partager mon vécu en toute authenticité.

Tout d’abord, il y a les phrases typiques des chrétiens que j’ai entendues à répétition de mon enfance à l’âge adulte, et que j’ai entendues à nouveau dans le documentaire. Ces phrases sont restées gravées dans ma mémoire. J’aurais pu les réciter avec eux. Les entendre à nouveau est venu déclencher quelque chose en moi, sans que je comprenne pourquoi. Les commentaires de « chrétiens » que je vois sur les réseaux me dégoûtent. En même temps, ils me confrontent au discours que j’ai moi-même entretenu. Je cherche à avoir de la compassion pour eux et pour moi, avec la pensée que l’humain est correct dans ce qu’il vit et dans ses choix. Eux autant que moi !

Mais la première émotion que je vis, c’est la colère et la rage, et non la compassion. Toute la semaine, je réussis à me maîtriser, mais je sais que je ne suis qu’une bombe qui va exploser. Je me connais, quand même.

Étant responsable et très consciente de mon vécu, j’annule une journée de travail. Mon matin se passe comme prévu et là, il y a un imprévu. Un de trop. Ma fille (18 ans) me demande un lift pour l’école aux adultes. Je prends soin de moi, je lui demande à quelle heure elle veut partir. On se fixe une heure. (Engagement) Et voilà que l’heure arrive. Deux petites minutes à attendre, et je touche à une rage !! Les 15 minutes suivantes sont brouillard. Je hurle après ma fille. C’est l’horreur. Dans ma perte de contrôle, je fais un gros trou dans le mur.

Ma fille monte me rejoindre et voit le trou. Elle me traite de folle et me dit que j’ai un fucking problème. Elle a raison : j’ai un comportement qu’on pourrait juger d’inacceptable ! Je vous dis que la route vers l’école n’est pas des plus agréables. Trente minutes après mon retour à la maison (j’ai dû arrêter au Rona pour une patch pour le mur), ma fille m’envoie une longue excuse (composée avec l’aide de l’IA). Je suis crampée devant une excuse tellement objective… ! Parce que oui, effectivement, elle avait seulement été 15 minutes en retard et moi, cette journée-là, j’étais en congé.

Je vous partage ma réponse, composée à mon retour à la maison, après avoir repris la maîtrise de ma personne. « On peut toujours récupérer », une phrase que je dis souvent et, je vous le dis, j’ai eu à récupérer souvent. Je dis souvent à ma fille : « I’m a walking trauma ! » J’ai des comportements imprévisibles, mon système nerveux est souvent sur ses gardes, et pendant mon enfance, je n’ai pas connu de sécurité émotionnelle. Aujourd’hui, je suis normalement dans une belle maîtrise de moi, mais cette fois je l’ai échappé.

Texte à ma fille pour récupérer :

I knew this morning when I woke up that I was not ok.

So many things happened this week. This weekend. I needed the day off to selfcare. I knew I was gonna snap.

And you got ALL of it. Je pouvais pas me maitriser. You got the worst, all of what I was holding back all week that I needed to take care of. You and the wall. :

You did NOT holy fuck, did NOT deserve all that rage !

You were right. Standing your ground. Calling me out for my over reaction.

Mais oui ma belle on pourra en rejaser dans le calme. ‘’ (Elle avait fait la demande dans son excuse qu’on revienne sur la situation dans le calme.)

Retrouver ma sécurité

Après toute cette rage, je me suis déposée dans un calme sécurisant et j’ai accueilli ce qui était là : la peine. J’ai pleuré une partie de l’après-midi. Cette semaine-là, j’ai dû faire un feu tous les jours. Il brûlait du matin au soir. J’ai passé beaucoup de mon temps libre en réflexion. On a même soupé quatre soirs en famille au bord du feu. Ça a été mon moyen pour me bercer, me réconforter dans ma peine.

En discutant avec une amie, j’ai dit cette phrase: on est blessés en relation et on guérit en relation. J’ai réalisé que ma blessure est liée à la religion. Dès mon enfance, j’ai vécu du rejet et de l’humiliation dans le milieu religieux : à l’église, à l’école chrétienne. Je me suis rarement, pour ne pas dire jamais, sentie en sécurité. Ce qui fait que je n’ai pas pu créer mon sentiment d’appartenance. Je touchais à cette souffrance liée à un besoin qui n’avait jamais été comblé : celui d’appartenir. Un besoin important pour le développement de l’humain.

À l’intérieur de cet organisme religieux, l’étiquette de mouton noir m’a suivie. Je n’étais jamais assez pour eux. Ce sentiment de ne pas me sentir en sécurité en société m’a suivie pendant des années. Une peur de souffrir à nouveau de la part d’un groupe.

Reconnaître mes traumas

J’ai des immenses traumas liés à la visibilité. Lorsque ma parole a été rendue publique (dans le cadre d'un balado), je ne m’attendais pas à vivre cette terreur. Pour me sécuriser, j’ai dû m’appuyer sur mes personnes-ressources. J’étais en boule dans mon lit, je tremblais. Une grosse réaction physique.

Mon équilibre est revenu rapidement. La confiance que j’avais dans le jugement de ces personnes m’a permis de retrouver mon objectivité, dans cette terreur qui me faisait perdre tous mes repères objectifs. Mais ouf, une chance que j’ai su m’entourer!

La peur d’être vue sera peut-être toujours là, MAIS ma sécurité intérieure se bâtit tranquillement.

Mon vécu, c’est ma réalité, et je sais que plusieurs ont vécu de la colère envers ce documentaire. C’est tout un processus de se réapproprier sa puissance intérieure lorsqu’on a acheté des croyances qui nous ont été profondément ancrées. Comme, par exemple, la croyance que je ne suis pas digne d’être aimée.

Cette croyance m’a été inculquée dans mon système familial, et s’est ensuite ancrée par le fait de ne pas avoir reçu d’amour d’un groupe qui enseignait l’amour inconditionnel. Quelle ironie ! Au contraire, j’ai vécu du rejet et de l’humiliation. Le message qui a été imprimé sur mon âme est fort : je ne suis pas digne. Aujourd’hui je sais avec ma tête que je suis digne. Mon cœur, lui, ne le sait pas encore à 100%. Ce qui résonne là, souvent, c’est encore la souffrance et le sentiment d’être isolée, seule.

Ma rage cachait tout cela : la peine et la souffrance que j’ai accueillies cette semaine-là au bord du feu. Une belle semaine de reprise de puissance ! De reconstruction et de travail cognitif. La liberté, je la vis de plus en plus !

Ma reconstruction

Dans ma reconstruction cognitive, j’ai réalisé que l’une des raisons pour lesquelles je n’ai jamais ressenti de sentiment d’appartenance à l’église était l’incongruence entre ma nature, mes valeurs et ce que j’entendais. Ma nature et mes valeurs ne pouvaient pas entrer dans leur moule.

J’ai quitté très tard cette communauté, à l’âge de 34 ans. Je me suis acharnée pendant des années à trouver ma place dans ce monde. J’ai perdu tous mes repères en quittant. Ma sécurité, je l’ai construite au fil des années, et aujourd’hui, l’endroit où je me sens le plus en sécurité est dans la solitude. J’adore ma solitude. Et en même temps, j’ai ce besoin si grand de connexion à l’humain, et cette envie d’être aimée d’un groupe. Comme si ayant été blessé par un groupe, je cherche à être guéri par un groupe.  En même temps, une grande peur de souffrir est encore très présente.

Me sentir en sécurité en société est très difficile. Mes traumas sont là. Et voir l’entité religieuse vendue comme une solution gagnante sur les plateformes publiques est venu m’enrager de ne pas pouvoir exprimer l’autre côté de la médaille !

Il est très difficile d’exprimer tout l’impact de l’endoctrinement sur l’identité d’une personne qui grandit dans un milieu avec une théologie qui tente de lui enlever sa liberté intrinsèque. Qui la décrit comme un être avec une nature minable, qui n’a de valeur qu’aux yeux de Dieu. Un Dieu qui est amour, mais dans les limites d’un cadre défini par l’homme. Les dommages sont grands. J’apprends tranquillement à me laisser recevoir de l’attention, de l’amour et de la reconnaissance sans le voir comme menaçant. Me faire confiance que je suis assez pour être acceptée et que si dans certaines circonstances on ne m’accepte pas comme je suis, cela n’enlève rien à ma valeur.

J’ai fait un grand processus de reprise de puissance sur beaucoup de mon vécu avec les évangéliques. Il m’en reste encore. Et je suis dans la gratitude d’avoir pu vivre cette rage et cette continuité de processus.

Avec du recul (j’ai écrit ce texte sur plusieurs jours), j’arrive à la conclusion que cette colère que je vis est, oui, amplifiée par ma blessure, MAIS ma colère est aussi légitime. Légitime du fait que les évangéliques sont sur la place publique comme une bonne solution pour nos jeunes et même pour notre société.

Bref, j’en aurais long à dire sur le sujet, mais je vais m’arrêter ici, pour le respect du chemin de chacun.e. J’ai pas fini d’être dérangée et d’être réactivée. Tranquillement, je me reconstruis et je trouve un sens à mon vécu. D’entendre et de lire d’autres histoires de déconstruction à travers le groupe privé de Nouvelles racines m’aide à normaliser mon cheminement.

D’une âme blessée qui reprend sa liberté !

Article écrit par une membre de Nouvelles racines qui préfère rester anonyme.

Image de couverture faite avec l'aide de l'IA.

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