Les titres de ces séries américaines célèbres pourraient résumer mon parcours religieux depuis mon enfance à aujourd’hui, 50 ans. Je n’étais pas prédestinée à tomber dans la religion, à embrasser aussi passionnément la foi chrétienne évangélique. Née dans une famille athée à 200 %, je n’entendais dans ma famille que des critiques et des moqueries sur la religion, les croyants et les curés.
Comment j’ai rencontré Dieu
La mort de mon grand-père quand j’avais 6 ans, ainsi que certains films cultes sur Dieu, ont provoqué en moi un déclic, une réflexion et des questionnements sur la mort, l’existence potentielle d’un monde invisible et d’un Dieu créateur tout-puissant et bon.
La recherche de sens, de spiritualité et de développement personnel qui émerge à l’adolescence a également contribué à nourrir cette soif de quelque chose de plus grand, de plus beau, de plus épanouissant que ce que le monde matériel et mon quotidien avaient à m’offrir.
Surtout, ma nature hypersensible et empathique ne supportait pas de voir le mal dans ce monde et de voir les faibles souffrir sans en comprendre la logique. Je me sentais profondément impuissante et sur une quête insatiable de sens.
Le hasard des rencontres et des relations a fait le reste : la famille catholique et pieuse de mes copines d’enfance, les réunions de prière ferventes et émouvantes, les églises protestantes pendant ma vie étudiante solitaire. Toutefois, c’est surtout l’immersion dans le milieu religieux fondamentaliste évangélique qui a marqué ma vie spirituelle pendant de longues années. Cette période m’a amenée à embrasser ma foi d’une passion et d’une vie que je ne connaissais pas dans les milieux catholique et protestant classiques. Drôlement, c’est aussi ce qui, plus tard, m’a amenée à m’éloigner de la religion et de Dieu, et ainsi à perdre la foi que j’avais construite en pensant être libre. J’étais en vérité enfermée dans un endoctrinement invisible subtil, complexe et destructeur.
Ce qui m’a attirée au départ et pendant longtemps, c’est ce sentiment d’appartenance à une famille, à une communauté unie. Les réunions et les partages dans la prière et la louange stimulaient énormément des émotions humaines que l’on attribuait à la manifestation du Saint-Esprit, à la délivrance et à la guérison divine. De simples pensées humaines personnelles devenaient des prophéties collectives ou des révélations et messages personnels de Dieu pour soi-même.
J’ai découvert le milieu néo-évangélique, qui pratique l’imposition des mains pour la guérison et la délivrance divine, et tout cela répondait à mon désir profond et empathique de soulager ceux qui souffrent, de faire reculer le mal, de changer ce monde pour qu’il devienne meilleur. Comme c’était bon et beau, puissant, exaltant, enivrant, presque addictif, de penser que nous n’étions pas impuissants face à la souffrance mais qu’il existait un Dieu plus fort que tout, bon et juste qui nous utilisait via le canal de la prière pour aider tous ces gens en souffrance, changer notre monde humain sur terre et faire reculer le mal pour apporter la lumière.
J’adorais voir des résultats inexplicables et mystérieux en imposant les mains, en priant pour la guérison de personnes dont parfois les douleurs semblaient disparaître suite à la prière, et ce, jusqu’à voir une jambe s’allonger sans explication rationnelle. Des inconnus qu’on ne rencontrait qu’une fois dans la rue.
Aujourd’hui, je me dis juste que j’accepte de ne pas tout comprendre de cette expérience, mais je pense que ce n’est pas parce qu’on ne comprend pas un phénomène que ça vient forcément de Dieu ou que c’est spirituel et surnaturel. Les technologies, les découvertes scientifiques, neurologiques, n’ont pas fini d’évoluer et nous aurons peut-être dans plusieurs siècles des réponses à ce que nous ne sommes pas capables d’expliquer aujourd’hui, et que nous qualifions de surnaturel, ou de divin, parce que l’être humain a toujours besoin de tout comprendre et de donner du sens, une logique et une explication à tout, même lorsqu’il n’y en a pas.
L’inévitable souffrance
J’ai commencé il y a longtemps déjà à prendre du recul face aux textes bibliques que les évangéliques considèrent comme la parole infaillible de Dieu. Ces texte, nous n’avions pas le droit de les remettre en question, de la Genèse à l’Apocalypse, sous peine de risquer l’apostasie et la colère divine, mais surtout le jugement d’être un mauvais chrétien, ou un chrétien égaré dans l’erreur.
Je me disais secrètement déjà depuis un moment que tout ne pouvait pas être pris de façon littérale et considéré comme une vérité historique, à commencer par l’histoire d’Adam et Eve, le déluge mondial dans l’histoire de Noé, etc. Au début, j’ai rejeté comme diabolique toutes les rumeurs, les informations selon lesquelles ces textes étaient juste des histoires inventées par des humains à une époque arriérée. Toutefois mes recherches récentes au niveau des sciences, de l’histoire, de l’archéologie, de la paléontologie et des autres mythes religieux ont fini de me convaincre.
Ces dernières années, je ne comprenais plus et je trouvais de plus en plus absurde l’histoire du péché originel, la nécessité d’un sauveur humain et son meurtre sur la croix pour le salut de l’humanité, alors qu’il est ressuscité trois jours après et que Dieu pouvait pardonner, éduquer et parler directement aux humains… Dans l’église, à la question « Pourquoi la souffrance existe-t-elle? », on me répondait platement que c’était à cause d’Adam et Eve, que nous subissons toujours aujourd’hui les conséquences de leur désobéissance. Alors à quoi avait servi la mort et la résurrection du Christ ? Je n’en savais rien, au final.
Je ne pouvais pas parler ouvertement à tout le monde de mes doutes. Chaque fois que j’en parlais, on me donnait des arguments crédibles et convaincants comme quoi je me trompais. Cela m’a gardée pendant des années dans une grande confusion, dans un espèce d’ascenseur émotionnel, intellectuel et spirituel.
Il y avait en moi comme une lutte intérieure: un processus psychologique puissant et perturbant de dissonance cognitive, de biais cognitif, bien typique de tout type d’endoctrinement.
Pendant des années, une question profonde en moi n’obtenait pas de réponse : celle de la souffrance des faibles et des innocents – surtout les enfants – alors que la Bible, la doctrine religieuse, les enseignements et la conviction des croyants, nous affirment que Dieu est tout-puissant et qu’il est bon.
Lorsqu’on est seul à oser poser ces questions et que les réponses créent de la peur et de la culpabilité; lorsqu’on nous dit que c’est le diable qui nous égare, qu’il nous manque encore la compréhension et la révélation de la Parole de Dieu; lorsqu’on affirme que ce n’est jamais la faute de Dieu, mais que l’humain est trop limité pour comprendre, alors on enfouit cette question, on lutte pour ne pas perdre la foi, pour ne pas être égaré, pour ne pas douter de la bonté de Dieu.
Toutefois, ces dernières années, avec tout ce que j’ai vu autour de moi, cette question est devenue de plus en plus bruyante à l’intérieur de moi. Aussi, mon intérêt grandissant sur le sujet de la pédocriminalité a nourri un chagrin, une tristesse, un désespoir, une révolte, une colère, qui avaient besoin d’une réponse de la part de celui qui a créé l’humanité. Pourquoi tant d’enfants souffrent-ils dans le monde? Pourquoi tant d’enfants sont-ils victimes de crimes atroces? Pourquoi Dieu laisse-t-il faire ça? Un Dieu tout-puissant capable de ressusciter des morts, d’agir sur les éléments naturels, de redonner vie à des os desséchés (Ezéchiel 37)… Comment comprendre que ce Dieu tout-puissant, bon et juste ne pouvait pas sauver et protéger ces enfants et toutes les personnes malheureuses, faibles et vulnérables qui souffrent? Mon attachement très fort à la justice, une valeur morale essentielle pour moi, a été le levier de mon questionnement critique et de ma prise de recul définitive.
Ont suivi des heures de prière dans les larmes, des nuits sans sommeil, des moments de supplication, des moments de colère, des moments d’attente dans le silence d’une réponse divine à cette question fondamentale, essentielle, déterminante. Réponse qui n’est jamais venue. Le silence est resté d’or, et surtout Dieu est sourd comme un pot, et muet comme une carpe!
Comme le phénix
C’est à l’été 2024 que j’ai vécu un véritable burn-out spirituel. Toutes ces années à enfouir en moi ces questions sans réponse, ma lutte intérieure, mes doutes, mes tentatives d’être une bonne chrétienne et de plaire à Dieu et utile aux autres, le mal-être de me sentir différente des autres évangéliques, tout cela m’a explosé en pleine figure et provoqué une dépression. Pendant longtemps, j’en ai voulu à Dieu de ne pas me répondre, de se prétendre tout-puissant et bon et pourtant de laisser souffrir des enfants innocents. Je me sentais trahie, trompée par un pervers narcissique, sociopathe, manipulateur, sans cœur. Je suis passée par toutes les émotions. Par une très forte frustration de ne pas comprendre pourquoi Dieu ne me répondait pas, pourquoi cette question si importante et déterminante pour sauver ma foi se heurtait à un mur de silence et d’indifférence.
Et puis avec le temps, depuis peu, j’ai commencé à penser en priorité à mon bien-être émotionnel et à ma santé mentale. J’ai décidé d’arrêter de me poser des questions, d’arrêter d’en vouloir à un Dieu qui ne me répondait pas tout simplement parce qu’il n’existe pas, et que j’attendais quelque chose en vain. J’ai compris que le plus important n’était pas d’avoir une relation avec un être invisible, mais avec moi-même. De me rencontrer à nouveau et de tomber en amour avec qui je suis au plus profond de moi.
J’ai commencé à accepter que peut-être nous sommes seuls, livrés à nous-mêmes, seuls capables de changer notre environnement, d’essayer de transformer ce monde sans y parvenir complètement. Nous sommes responsables de nos propres vies, de nos propres choix. J’ai commencé à accepter que parfois la vie est injuste et que la souffrance n’a ni sens ni logique. Que parfois on peut l’éviter, mais d’autres fois on la subit sans pouvoir contrôler. Au début, cela a été effrayant, de me dire qu’il n’y avait aucun Dieu pour nous protéger, aucun Dieu plein d’amour pour nous aimer inconditionnellement, et que cet amour je devais le chercher en moi-même et me le donner à moi-même. Mais bonne nouvelle: l’acceptation est le début de la libération et de la guérison.
Aujourd’hui, je suis athée antithéiste, agnostique ignostique. Je ne crois plus en l’existence d’un Dieu ni aux religions, mais je laisse la porte ouverte à la possibilité qu’il existe un monde invisible, sans savoir quelle en est sa nature. J’accepte avec humilité que je ne comprends pas tout, que je ne sais pas tout, et que s’il existe vraiment un monde spirituel, je n’aurai la réponse qu’une fois que je mourrai. La peur de la colère divine et de l’enfer à cause de mon apostasie m’a quittée.
Contrairement à ce que pensent à tort les croyants, on ne choisit pas de perdre la foi; il arrive qu’elle nous quitte alors qu’on lutte et on ne peut rien y faire. J’ai tout fait pour sauver ma foi, pour sauver ma relation virtuelle à sens unique avec Dieu. Ça m’a fait mal de voir que je ne pouvais plus lutter, que c’était trop puissant. Et très peur aussi. C’est comme vouloir obliger un poisson à respirer en dehors de l’eau. Au bout d’un moment, il suffoque et il ne peut s’empêcher de retourner dans l’eau car c’est sa nature. À un moment, j’aurais préféré ne pas ouvrir les yeux, mais aujourd’hui je suis reconnaissante d’être libre dans la réalité de ma vie humaine et de mon quotidien avec tout ce qui n’est pas joli et beau à voir, plutôt que de rester prisonnière de la matrice d’un monde virtuel, idéalisé et faux.
J’ai quitté la belle maison dans la prairie, je me suis rendu compte que j’étais en prison et, comme dans Prison Break, je me suis libérée. Comme Néo dans le film La Matrice, j’ai quitté la réalité virtuelle pour entrer dans la réalité humaine. Aujourd’hui, j’ai du mal à aller vers toute spiritualité, même sans Dieu, car ce mot a une connotation péjorative pour moi. Je préfère me connecter profondément à mon humanité, que j’accepte dans toute son imperfection et dans toutes ses limites. Je suis fière d’être humaine et pas spirituelle. Je ne cherche pas à être parfaite comme Dieu, je cherche juste à devenir meilleure, à m’aimer comme je suis, et à aimer les autres comme je peux, avec mes limites et mes blessures.
Je suis à présent dans un processus de déconstruction et de reconstruction. Je ne suis plus dans le désespoir ni la colère, mais plus dans une sensation de vide parfois déstabilisante que je ne savais pas encore comment remplir il y a quelques semaines seulement. Aujourd’hui, je remplis ce vide de Dieu par l’amour et l’aide aux autres en me concentrant sur mes congénères. Mon regard n’est plus vertical vers le ciel mais à l’horizontal vers les autres. Il y a un an, cette crise spirituelle a tout dévasté sur son passage. Quelque chose est mort en moi mais maintenant quelque chose de nouveau revit, même si parfois le vide laissé par la disparition de ma foi me rend un peu triste. Comme le phénix qui renaît de ses cendres, je me suis maintenant engagée dans le bénévolat et je suis en train de quitter mon entreprise où j’étais depuis 13 ans, pour me reconvertir professionnellement dans le secteur social pour aider les autres.
J’ai mis en place ma propre thérapie, avec l’aide de vidéos, de témoignages, de lives de débats entre apostats et évangéliques, et grâce à ce témoignage cathartique.
Le dernier livre que j’ai lu m’a beaucoup aidée: Pourquoi je suis devenu athée de Pascal Masi. À la fin de son essai, il réécrit la prière du Notre Père en la remplaçant par « la prière de l’athée ». J’ai moi aussi choisi de réécrire la prière du Notre Père pour la remplacer par une prière individuelle qui correspond davantage à qui je suis aujourd’hui.
Pour conclure mon témoignage, je vous partage ma prière ci-dessous, et je vous souhaite à tous la même liberté, sérénité et unité intérieure que celle que je suis en train de construire aujourd’hui.
La prière de Notre Coeur 💜
Source de vie qui est infinie
Qui coule et jaillit à l’intérieur de notre coeur,
Que par toi notre humanité soit sanctifiée et purifiée
Pour que seul l’amour pur règne
Que cette volonté individuelle de faire ce qui est bon et juste se répande sur la terre et dans l’éternité de l’univers
Allons chercher et produire nous-mêmes notre nourriture matérielle et spirituelle, sans attendre qu’elle tombe du ciel!
Pardonnons-nous à nous-mêmes, acceptons notre humanité imparfaite, cherchons juste à devenir meilleurs et pas parfaits.
Soyons bienveillants avec nous-mêmes et avec les autres,
Acceptons et pardonnons nos erreurs quand nous ne le sommes pas
Essayons juste de faire mieux la prochaine fois.
Pardonnons aux autres ce qui est pardonnable, sans obligation morale ou religieuse,
mais selon notre capacité vertueuse, notre volonté précieuse, selon ce qui est juste et bon pour nous-mêmes
Donnons-nous le droit sans culpabilité de ne pas pardonner ce qui ne peut pas l’être.
Résistons à la tentation du mal, par la puissance de l’amour juste et bienveillant, qui fixe les bonnes limites et définit nos valeurs morales.
Délivrons-nous du mal par l’amour pour nous-mêmes, et pour les faibles qui souffrent
Car c’est à l’humanisme et à l’amour pur et juste
que reviennent le règne, la puissance et la gloire pour l’éternité. 🙏🏼
Article écrit par Nadia (France)



